Lettre ouverte de Paquito D’Rivera à Carlos Santana

Le 25 mars 2005

Salut, Santana.

J’ai appris par notre ami Raúl Artiles, que tu vas bientôt te produire à Miami. Je ne pense pas que ce soit une très bonne idée, vu que récemment tu as fait le faux-pas d’apparaître à la cérémonie des Oscars en arborant fièrement un énorme crucifix, sur un tee-shirt portant la vieille image stéréotypée du «Boucher de la Cabaña», comme est surnommé le lamentable personnage de Che Guevara par les Cubains qui ont dû endurer ses tortures et ses humiliations dans cette infâme prison.
L’un de ces Cubains était mon cousin Bebo, emprisonné là simplement parce qu’il était chrétien. Il me raconte à l’occasion, toujours avec une immense amertume, comment il pouvait entendre, depuis sa cellule, aux premières heures de l’aube, les exécutions sans procès, de tous ceux qui mouraient en criant «Vive le Christ Roi !»
Le guerrillero avec le béret à l’étoile est tout autre que ce que montre ce ridicule film de moto, mon cher collègue, et juxtaposer le Christ et Che Guevara, c’est comme entrer dans une synagogue avec une swastika autour du cou. C’est aussi une belle gifle à la figure de la jeunesse cubaine des années 60 qui devait se cacher pour pouvoir écouter TES disques, que la Révolution, l’Argentin primaire et ses sbires qualifiaient de «musique impérialiste» (c’est-à-dire le rock & roll).
Je ne trouve pas les mots pour exprimer mon indignation vis-à-vis de ton attitude irresponsable, mais veuille croire que malgré tout, en tant qu’artiste, je te souhaite toujours bonne chance. Et tu vas en avoir besoin, Carlos. Surtout à Miami.

Sincèrement à toi, Paquito D’Rivera, New York.

«Open letter to Carlos Santana by Paquito D’Rivera», parue en mai 2005 dans la revue Latin Beat Magazine, ici traduite de l’anglais par Philippe Billé.