Le nouvel obscurantiste

Journal documentaire de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste (Philologie de proximité, misanthropologie, désenvoûtement, broutilles).

samedi 29 décembre 2007

De l'air

Les humanitaires commencent à me pomper l'air, je signerais volontiers une pétition pour qu'on les renvoie au Tchad.

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vendredi 28 décembre 2007

Bestioles de saison

Un rouge-gorge m'a tenu compagnie toute la journée, mardi, dans le bois. Par moments j'étais surpris qu'il vienne si près, dans les trois quatre mètres, même quand j'avais des activités pas du tout discrètes, comme faire du feu ou scier des branches. Un compagnon correct, avec ses petits yeux ronds sérieux. Il y en a aussi un dans le jardin, ici. D'une certaine façon, c'est le même.
Je suis allé faire mon marché à Brioux, hier matin. Sur la route d'Aulnay, j'ai vu trois chouettes, bousillées par des voitures. Je tournais à la Villedieu. Au retour, en arrivant près de La Croix, j'ai aperçu un ragondin dans un fossé. C'est nouveau, ici. Le Brésil nous gagne.
Hier soir, en vidant le fond d'un seau d'eau du jardin dans l'évier de la cuisine, je trouve encore un triton. Il restait immobile affalé sur la grille d'évacuation, peut-être mort. Je me suis dit que je reviendrais voir un moment après et je l'ai oublié pendant deux heures. En allant préparer de l'eau pour un café (je suis comme ma grand-mère, je prends un café pour faire passer mon somnifère), je l'ai trouvé qui avait réussi à grimper sur le bord de l'évier. Il était donc bien vivant, et capable d'escalader une paroi lisse de presque 20 centimètres. Il ne bougeait plus, je lui faisais peur, sa petite gorge battait. Je l'ai mis dans une boîte en plastique et je suis allé le relâcher dans le jardin.
Tout à l'heure, à l'apéro, Véro m'a dit qu'elle a surpris une effraie qui s'était installée dans son chai. Elle s'étonnait que ses chats aient l'air pas tranquilles, c'est qu'ils avaient repéré la présence de la grosse bête dans la maison.
Quant à Foxie, elle est grasse comme une loutre. Je ne suis pas sûr de qui la nourrit quand je ne suis pas là, mais elle ne fait pas pas pitié, c'est toujours ça.

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jeudi 27 décembre 2007

Tuyau

"Mon épicentre de la semaine dernière aura été jeudi - une journée assez morne, juste pimentée par un chili avarié qui est passé comme un onze septembre à la Moneda." J'aime bien lire les blogs d'agents secrets. Mais évidemment c'est un privilège, il faut être pistonné, et là, je ne peux pas grand chose pour vous, il faut vous débrouiller... Ou alors si vous raquez...

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mercredi 26 décembre 2007

Affaires en cours

Une sorte d’orage social, qui menaçait depuis quelques mois, a fini par me tomber sur la tête ces derniers temps. Les maîtres qui m’emploient depuis quatorze ans au moyen de contrats plus ou moins intéressants selon les époques, ne veulent peut-être pas me virer, mais ont décidé de me montrer assez clairement où était la porte, en me proposant à partir de janvier un nouveau contrat aux termes duquel je passerais de l’austérité à l’indigence. Je ferais alors aussi bien d’aller chômer pour de bon dans ma retraite charentaise. Cela ne serait peut-être pas la pire des solutions, mais ce n’est pas le genre de décision que l’on prend à la légère. Je médite mélancoliquement les termes de la question, je m’en ouvre à un représentant du personnel, qui obtient que l’on surseye à la décision. Entre temps une collègue, jugeant ma situation indigne, se fend d’un communiqué qu’elle diffuse assez largement à qui de droit, plusieurs personnes prennent publiquement ma défense, au grand dam de la direction de l’établissement, qui fait savoir sa vive désapprobation, et soudain... les vacances, c’est-à-dire le néant. Si bien que je n’ai plus de nouvelles de personne et que je ne sais toujours pas si je reprends le travail en janvier, ni à quelles conditions. Mais après tout je suis accoutumé à ce genre d’indécision, et comme aurait dit mon pauvre père, tout ça vaut mieux que de se casser une jambe.

Là-dessus, samedi 22, pour tâcher de combler le néant des vacances, je pars en fin de matinée avec mon fils en Dordogne, chez ma mère, où je dois leur tenir compagnie jusqu’à Noël, avant de gagner seul la Charente. Nous avons prévu de passer par mon bois et d’y rester quelques heures dans l’après-midi, avant de rentrer à Bergerac. Mais le destin met des obstacles. Des papiers, que le jeune homme n’a pas eus plus tôt, nous font prendre la route avec trois quarts d’heure de retard. Voulant regagner du temps, je prends la route de Libourne, au lieu de celle de Branne comme d’habitude, mais ne la connaissant pas, je rate la sortie et nous faisons des détours. Enfin, arrivés à Sansou, nous trouvons l’accès vers mon terrain barré par un arbre mort tombé en travers du chemin. Il n’a presque plus d’écorce mais je pense que c’est un frêne. Nous l’examinons quelques minutes, il bouge à peine, nous y renonçons. Depuis quand est-il là, quand quelqu’un prendra-t-il l’initiative de venir le tronçonner, nous ne savons. Un animal a pondu dessus de petites crottes rougeâtres. Nous prenons juste le temps d’aller à pied répandre deux sacs de coquilles d’huître, pour continuer d’empierrer le passage, et déposer quelques arbustes en pot (quatre buis et un fusain) que je compte planter. Je ne veux pas laisser plus longtemps la voiture pleine de bagages sans surveillance.

Le lendemain matin, dimanche 23, j’emmène ma mère pratiquer sa distraction favorite, à savoir faire des courses dans un supermarché, et l’après-midi je sors Junior se promener au soleil : barrage de Tuilières, campagne de la rive sud, pépinières de Desmartis, barrage de Bergerac. Oui, les barrages nous attirent.

Avant-hier lundi 24, je passe toute la matinée à traduire, à essayer de traduire les Douze nocturnes de Hollande, de Cecília Meireles, qui m’ensorcellent de nouveau. J’en avais publié au moins deux en français, je crois, dans mes Lettres documentaires, il y a quelques années, j’en avais d’autres en chantier, j’ai emporté le dossier, je reprends ces textes, je les affine, j’espère que j’en aurai percé le secret quand la version sera finie, si j'y arrive. Quelques aspects funèbres me repoussent, comme cette histoire, dans le dernier poème, du noyé qui flotte sans pourrir dans les canaux d’Amsterdam, malgré quoi le pouvoir magnétique de cette œuvre mystérieuse m’envoûte et j’y reviens.
L’après-midi, après avoir déposé Sam dans une piscine publique où il veut nager, je pars me battre avec l’arbre mort. J’y passe plus d’une heure, l’issue reste incertaine presque jusqu’à la fin. Il est inutile d’y appliquer directement ma force musculaire insuffisante, il faut la patience et la ruse. D’abord je toilette le corps, je le débarrasse du lierre, des ronces, des bouts d’écorce à moitié arrachés, qui gênent les mouvements. Je coupe les extrémités, assez fines pour ma scie. Je finis de hacher les racines pourries, par où l’animal tient encore à peine au talus, à environ 1 m 50 au-dessus du sentier. Je finis par faire tomber entièrement le tronc sur le sol sans me faire écraser, mais il me faut encore le faire pivoter pour le pousser sur le bord. J’y parviens laborieusement, par petits à-coups de 10 centimètres, en utilisant un bout de branche, puis un autre, comme leviers. Quand je peux enfin aller jusqu’à mon bois en voiture, il est trop tard pour y faire grand chose. Je n’allume pas de feu, je fais une tournée d’inspection, je réfléchis à ce que je pourrai faire quand j’en aurai le temps. Je retourne voir, sur un grand frêne affaissé, le bizarre triangle de bois, creux au milieu, qui s’est formé entre trois branches. J’emporterai cette sculpture naturelle chez moi quand j’aurai décidé où exactement scier. Un peu en aval de la cabane, j’aperçois une belle bûche échouée au bord du ruisseau. J’irais bien la récupérer mais à cet endroit la rive est un à-pic de presque deux mètres et quand on est en chaussures de ville, on n’y va pas. On remonte dans sa voiture et on va réveillonner en famille.

Hier, Noël, rude journée. Je pars tôt le matin, seul, dans mon bois. J’allume un bon feu, que je vais alimenter toute la journée. Je coupe les plus belles branches mortes, que je charge dans la voiture : frêne, érable, un petit tronc d’aubépine, et même un bout de saule. Avec un grappin et une corde, je descends dans le ruisseau récupérer la bûche vue la veille. Je m’aperçois qu’elle est déjà allée au feu, elle est noircie sur trois faces. D’où vient-elle, pourquoi l’a-t-on jetée à l’eau en partie brûlée ? En tout cas, c’est une belle pièce de bois lourd, je la mets à égoutter sous la cabane. J’arrange un décamètre de mon sentier de ronde, dont je bloque le sol avec du feutre. Je plante trois de mes pieds de buis. Je finis de démonter un bûcher que j’avais décidé de supprimer. Je monte déposer une boule de graisse pour les oiseaux dans une mangeoire que les intempéries n’ont pas encore détruite. A un moment, levant la tête, je découvre qu’il y a, en haut d’un des plus grands aulnes de la rive, une grosse boule marron, d’au moins 50 cm de diamètre. C’est probablement un grand nid d’abeilles, peut-être en ruine, car je découvre par terre des débris de rayons. Après 5 heures, je plie bagage, direction La Croix-Comtesse. J’emporte entre autres la bizarre bûche demi brûlée, dans un sac poubelle à sa taille et aussi noir qu’elle. Vers la fin du trajet, après 8 heures du soir, alors qu’il fait déjà bien nuit  et que je regrette de n’avoir plus de pain, je tombe providentiellement sur une boulangerie encore ouverte, à Asnières-la-Giraud. Le temps de me garer, la boulangère tire déjà le rideau. Je lui achète in extremis un beau pain doré, à la mie très blanche, au prix singulier de 1 euro et 1 centime. Plus tard dans la soirée, une fois le feu bien lancé dans la cheminée, j’y ajoute la bûche noire, qui n’a pas bien fini de sécher. Elle pétille mystérieusement, et envoie par moments de fines étincelles qui m’inquiètent. Mais enfin elle brûle, cette bûche diabolique, pendant que je mords mon pain miraculeux en ouvrant le courrier.

Aujourd’hui rien, je me repose, j’internettoie, je robe-de-chambrise. Dehors il fait gris et humide. J’ai fait une sortie dans le jardin. Je voulais nourrir les poissons, impossible, le bassin est gelé. J’ai glissé le doigt entre le bord et la plaque de glace, elle est épaisse comme mes deux premières phalanges. Dans la salle à manger, il faisait 4° quand je suis arrivé hier soir, 8 quand je suis allé me coucher vers minuit. Aujourd’hui on monte à des 12 ou 13, tous les espoirs sont permis.

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mardi 18 décembre 2007

Valery

Lu récemment le mince ouvrage de Valery Larbaud, Pages de journal : Londres, 1919, publié par les éditions des Cendres en 1994. Un petit livre intéressant sans être passionnant, charmant sans être irrésistible, clairement préfacé, savamment annoté, bien édité, avec en particulier quelques fragments manuscrits en fac-similé soigneusement insérés dans le texte. Larbaud, paraît-il, tenait un journal en anglais pour éviter les indiscrétions, et pour les mêmes raisons s’était mis à le tenir en français pendant ces quelques journées passées à Londres, à enquêter sur un écrivain qu’il avait traduit, et à courtiser une indigène.
Les connaisseurs de Valery Larbaud sont à peu près les seuls à savoir que son prénom doit s’écrire sans accent. Il fait allusion à ce problème dans ces pages, quand il rapporte avoir vu son nom mentionné dans le Times Literary Supplement, «naturellement avec l’accent sur le e de mon prénom». J’avais été mis dans la confidence, jadis, par le Maître de Mimizan, qui m’avait d’ailleurs offert un exemplaire de Sous l’invocation de saint Jérôme. Mais je crois n’avoir jamais su à quoi tenait cette bizarrerie graphique, ni si, de ce fait, on devait prononcer Valry.

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dimanche 16 décembre 2007

Renseignements généraux sur Jim Goad, le petit blanc à la grande gueule

Dans la famille Unpop, c’est l’écrivain. Un écrivain turbulent, quelque peu abrupt, venu de l’underground, doté d’un sens de l’humour très particulier, fasciné par les questions taboues de la race et du sexe. Il se plaît visiblement à bousculer son lecteur en tenant les propos qui dérangent, comme quand il avoue sa haine pour sa mère, s’interroge sur la sexualité de ses défunts parents, doute méthodiquement de l’égalité des races, évoque une amante qui chiait quand elle jouissait, ou se prononce pour la stérilisation des illettrés. Son écriture est ferme, franche, précise, volontiers provocante, parfois grossière, assez subtile. Il fut épileptique et il est toujours gaucher ("J’écris, je lance, je frappe et je me branle de la main gauche") mais de droite. Ses propos sulfureux, et quelques scandales publics, lui ont fait une réputation.

James Thaddeus Goad est né le 12 juin 1961 dans une famille modeste de Clifton Heights, dans la banlieue de Philadelphie, où il a passé son enfance. Son père était un plombier, alcoolique violent. Son frère aîné est mort poignardé à Paris en 1969, son père et sa mère ont été emportés par la maladie pendant sa jeunesse. Jim fut entretenu un temps par sa sœur, dont l’amant le frappait. Il a fait toute sa scolarité dans des écoles catholiques. C’était un bon élève, qui passait à 12 ans des concours d’orthographe.
En 1986, il obtient un diplôme de journalisme à la Temple University de Philadelphie, et rencontre à New York la belle Debbie, qu’il épouse peu après à Las Vegas ("Vegas, la ville qui non seulement vous suce l’âme, mais qui avale"). Ils vont s’installer à Los Angeles (y repassant des années plus tard, il en dira "Los Angeles peut être un bel endroit, quand vous savez que vous allez en partir dans deux jours"). Il écrit en freelance pour des revues comme Playboy, où paraît en 1989 son premier article "professionnel".
De 1991 à 1994, alors que Jim travaille dans une imprimerie, il publie avec Debbie les quatre numéros de la revue Answer me! ("Réponds-moi!"). Il affirmera plus tard qu’il fournissait lui-même 95 % du travail et récrivait les textes de Debbie. La revue contient principalement des interviews de personnalités culturelles marginales, les versions intégrales d’articles de Jim que la presse avait publiés tronqués, et des listes comme les top 100 plus grands tueurs en série de tous les temps, ou les top 100 plus beaux suicides. Le succès public est tel que le tirage atteint 13 000 exemplaires au troisième numéro. Goad y gagnera la renommée de roi des "zines" mais lui, méprisant le milieu du fanzinat, déclarera en tirer autant de fierté que s’il avait gagné une médaille aux Jeux para-olympiques. En 1994, les éditions AK Press, à Edinburgh, publient un recueil des trois premiers numéros de la revue (qui sera repris en 2006 par Scapegoat Publishing, à Baltimore). En octobre 1994, la police trouve un extrait de Answer me! n° 2 dans la camionnette d’un certain Francisco Martin Duran, qui vient de tirer une trentaine de coups de feu sur la Maison Blanche. Un autre scandale éclate quand trois adolescents néo-nazis anglais, deux filles et un garçon, traversant les USA, se suicident collectivement, l’une des filles envoyant ses économies à Goad, qui les renverra, consterné, aux parents.
Fin 1994, les Goad déménagent à Portland, dans l’Oregon, où Jim se consacre à l’écriture et à l’édition. Il restera longtemps attaché à cette ville ("Je reviens toujours à Portland, comme une femme battue qui croit que ça va changer"). En 1995, des féministes déclenchent un procès pour obscénité contre le propriétaire et le gérant d’un kiosque où était en vente le n° 4 (spécial "Viol") d’Answer me! (ils bénéficieront d’un non-lieu en janvier 1996).
En 1997 paraît chez Simon & Schuster, à New York, le premier livre de Jim, The redneck manifesto, dans lequel il dénonce la diabolisation des petits blancs, victimes d’un racisme social (redneck, soit "cou rouge", désigne les péquenauds). La même année, Jim engage une liaison avec l’ex-strip-teaseuse Ann "Sky" Ryan et divorce de Debbie, atteinte d’un cancer aux ovaires. Le 31 mai 1998, il est arrêté après avoir frappé Sky, qui selon lui l’avait cherché. Elle a le nez cassé et reçoit 26 points de suture. Il sera incarcéré au pénitencier de Salem, dans l’Oregon. En l’an 2000, Debbie meurt de sa maladie en août, Jim est relâché en octobre. L’année suivante, il participe à la tournée Angry White Male Tour et commence à diversifier ses activités (chanteur, animateur de radio, acteur de cinéma).
En 2002 paraît chez Feral House, à Los Angeles, son autobiographie écrite en prison, Shit magnet ("L’aimant à merde", celui qui attire les emmerdements). L’ouvrage est sous-titré "L’aptitude miraculeuse d’un homme a absorber la culpabilité du monde".
En 2003, il crée son site internet, qui présente des textes, des photos, des chansons, des interviews de lui, un salon de discussion. Il y a aussi une chronique qu’il refuse d’appeler un blog mais qui n’est rien d’autre, intitulée Notes from Undergoad (peut-être par allusion aux Notes from the underground de Dostoievski), dans lequel ses contributions sont abondantes, quasi quotidiennes, jusqu’à l’automne 2004, plus espacées ensuite. En 2004 paraît chez Fantagraphics (à Seattle), Trucker fags in denial, une histoire de camionneurs homosexuels sadiques, mise en dessins par Jim Blanchard.
L’été 2005, il traverse les Etats-Unis et va s’établir sur la côte Est. En 2007 paraît chez Feral House son recueil d’articles The gigantic book of sex. Il vivait dernièrement à Atlanta, ("Atlanta, la ville trop occupée pour haïr Jim Goad"), en Georgie.

Nombre de déclarations de Jim Goad, dans ses textes, ses notes et ses entretiens, permettent d’esquisser un portrait contrasté du personnage, selon ses goûts et ses dégoûts.
Il n’aime pas l’alcool, c’est "pour les demeurés" (Bukowski "battait des femmes, lui aussi, mais moi au moins je ne bois pas") mais admet avoir eu l’expérience de l’acide, du crack et de l’héroïne, qu’il ne glorifie pas. Il n’aime pas Bukowski ("l’homme le plus laid et l’écrivain le plus merdeux"), ni les hommes en short ou à queue de cheval, ni les hippies et les punks, ni le jazz ("si je n’avais plus que 5 minutes à vivre, je déterrerais Miles Davis pour l’étrangler"), ni Mona Lisa ("une pute moche"), ni Bruce Springsteen, qu’il imagine se masturbant sans cesse, ni Quentin Tarantino ("un imposteur"), ni Jim Morrison ("très mauvais poète"), ni aller au cinéma.
Mais alors qu’aime Goad ? Lui-même, tout d’abord. C’est un Narcisse de première catégorie, qui se voue un culte à lui-même, capable par exemple d’expliquer que s’il n’est plus intervenu sur son site depuis deux jours, c’est parce qu’il est trop occupé à se photographier la queue avec son nouveau téléphone portable. Il s’amuse à en rajouter mais ne dédaigne pas de se présenter parfois sous des jours désavantageux. Il aime bien le café, les voyages (il déclare en septembre 2003 avoir visité 48 états et 14 pays), la musique country et rockabilly, l’acteur Jack Nicholson (surtout dans Five easy pieces), la bizuteuse Lynndie England, la ministre Condoleezza Rice.
Interrogé (par David Nolte en 1999) sur ses goûts littéraires, Goad cite les journalistes Tom Wolfe et Hunter Thompson, les classiques Dickens, Dostoievski, Kafka, Machiavel et les Upanishads, les essayistes Norman Mailer et HL Mencken, ses amis Peter Sotos et Adam Parfrey, le Manifeste de Unabomber. Parmi les écrivains noirs, il mentionne ironiquement le poète antisémite LeRoi Jones, le violeur militant Eldridge Cleaver, et le proxénète Iceberg Slim, idole des rappeurs.

Il confie, dans un auto-interview : "Ce que j’écris, c’est en partie sérieux, en partie de la blague, en partie les deux à la fois". Ah, Seigneur, encore un ambigu. Déjà ce nom de Goad, comme un hybride bizarre de Good et de Bad...

(Voir ici quelques uns de ses textes traduits en français).

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jeudi 13 décembre 2007

J-P P-H

Un seul passage m’a paru incongru, dans le Petit journal lusitan de Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, celui où l’auteur déplore que la circoncision ne se soit pas installée dans les mœurs portugaises après les cinq siècles de colonisation arabe au Moyen Age. A part ça j’ai trouvé ce petit livre très agréable à lire, et peut-être l’est-il plus pour quelqu’un qui connaît déjà quelque peu la culture en question. Ce journal a été tenu de septembre à novembre 2000 au cours de séjours au Portugal, dans les îles de l’Atlantique et au Brésil. L’auteur, journaliste au Monde, a visité ces pays en tant que touriste professionnel, pour ainsi dire, et en rapporte un témoignage didactique, personnel sans être introspectif, et enrichi de remarques historiques, si bien que l’ouvrage peut quasiment servir de guide culturel, d’autant qu’on a pris soin de le doter d’un index. (Collection Motifs, au Rocher, 2007).

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mercredi 12 décembre 2007

Messieurs dames

Je ne sais si des experts se sont penchés sur ce que j’appellerais les «dénominations déférentes», comment dire autrement, j’entends par là les mots par lesquels on marque du respect envers son interlocuteur («Monsieur, Madame», etc ). Quand j’y pense, je me dis que ces noms, dont l’origine remonte sans doute à l’antiquité, peuvent être répartis en quelques catégories, selon les qualités distinctives qui les ont inspirés, et que ces catégories se retrouvent d’une langue à l’autre (en tout cas dans les langues latines, qui me sont plus familières).
La première de ces qualités est peut-être le fait d’être le plus ancien (en latin senior) et donc au sens propre le plus vénérable, d’où seigneur, monseigneur, sieur, monsieur, sire, messire, sir, señor, etc. Il semble que ce soit aussi le sens de l’allemand Herr (der Ältere).
Une autre de ces qualités est de posséder une maison (en latin domus), d’en être le maître ou la maîtresse, par opposition, j’imagine, aux humbles et aux jeunes qui y sont seulement hébergés, ou qui ne possèdent que des abris plus précaires : de là viennent dom, don, dona, doña, dame, madame, etc.
J’observe en passant qu’en français, le couple de Monsieur et Madame, qui semble aller de soi, situe donc la respectabilité masculine principalement dans le grand âge et la féminine dans le fait d’être maîtresse de maison.
Une troisième de ces qualités tient au fait de posséder un cheval, à la différence de celui qui n’a qu’un âne, ou qui va à pied : d’où chevalier, caballero, etc.
L’autre jour, j’ai cherché l’étymologie des mots anglais lord et lady. J’aurais juré que le lord était lored, celui qui a du lore, c’est-à-dire celui que sa connaissance rend savant ou sage. Il paraît qu’en fait ces deux mots désignent eux aussi le maître et la maîtresse de maison, avec de compliquées histoires de pain et de je ne sais quoi.

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mardi 11 décembre 2007

Poèmeraie

J’apprends qu’un homme de lettres de jadis, vers le début du vingtième siècle, avait intitulé une anthologie de poésies du joli nom de Poèmeraie. Un démon me demande si l’on aurait intitulé une anthologie de poésies licencieuses, Poèmeraie du cul.
Hm, bon, parlons d’autre chose.

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lundi 10 décembre 2007

Médiathèque

A la médiathèque de Talence, ambiance municipale feutrée.
Faisant quelques recherches dans leur catalogue sur écran, je remarque qu’ils ont des ouvrages d’un certain nombre de Camus (Albert, Bruno, David, Dominique, Francis, Jean-Yves, Marcel, Mario, Michel, Patrick...) mais aucun de Renaud. Il apparaît bien à deux reprises, mais dans le premier cas c’est seulement comme traducteur, dans le second comme préfacier. Pas de pot... A moins que cette absence ne soit intentionnelle...
Je note aussi qu’on a catalogué le livre de Gilles Châtelet, Vivre et penser comme des porcs, en remplaçant le dernier mot du titre par «cochons», je me demande si c’est par étourderie ou par pudeur idiote.
J’ai emprunté ce livre et j’ai failli le lire, on m’en avait parlé, il est intéressant mais me tombe des mains.

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