samedi 18 novembre 2006

Lettre documentaire 372

SUR LE REGIME DE L’ESTOMAC, par dom Duarte (1391-1438)

    Selon ce que j’ai pu observer sur moi-même, voici brièvement écrit ce que je crois bon pour celui dont l’estomac est sujet aux aigreurs, ou aux dérèglements.
    En déjeunant, bien mâcher, et ne boire que deux coups, trois tout au plus. Et pas trop à chaque fois, juste autant que l’on doit raisonnablement s’en contenter. Et si c’est du vin que l’on boit, qu’il soit raisonnablement coupé d’eau, car s’il est fort, il est plus difficile à digérer, et il donne soif, de sorte que l’on a du mal à se contenter d’en boire peu.
    De la crème ou de tout autre laitage, en manger peu ou pas du tout, et si l’on en mange, que ce soit après tous les autres aliments. Ne pas boire dessus, ou si vous en mangez au début, mangez bien d’autre chose avant de boire. En tout cas mangez peu de laitages, et rarement.
    Et de même pour tout autre aliment humide, comme les cerises, les pêches et les huîtres, ou la graisse des viandes et des poissons. Manger peu ou pas du tout de ce genre d’aliments, et de même de ceux qui sont très froids et piquants, comme le vinaigre, le citron, et d’autres. Quant aux œufs, il n’y a pas de règle certaine, car à certains ils profitent, et nuisent à d’autres. Que chacun en use donc selon ce qu’il ressent.
    Après manger, ne pas dormir, le jour, sans d’abord laisser passer une heure. Et si l’on doit dormir, ne jamais se déshabiller ou se déboutonner complètement, et si l’on défait quelque vêtement, que l’autre reste toujours bien boutonné. Et ne faire qu’un somme, et plus il sera bref, mieux ce sera. Et quand on se réveille, se lever aussitôt.
    Après avoir dormi, ne pas boire quoi que ce soit avant que passe une heure. Et si l’on peut tenir sans boire jusqu’au dîner, c’est parfait. Sinon, moins l’on boira, mieux ce sera.
    Après un grand effort, où le corps s’est échauffé, il est bon de se passer de manger et de boire tant que l’on ne s’est pas tempéré. Que l’on suive au dîner le même régime qu’au déjeuner. Et si l’on peut se passer de boire après dîner, que l’on s’en passe, et si l’on ne peut, ne boire qu’une fois. Les vêtements ne doivent pas être déboutonnés ou défaits sur le ventre, mais toujours bien serrés.
    Si l’on a mangé beaucoup de viande ou de poisson au déjeuner, ou si l’on en a envie (?), se contenter de pain. Boire moins. De fruits, peu ou aucun.
    Après un grand repas, si l’on a soif, on peut mieux la supporter qu’à tout autre moment, car le plus souvent elle est trompeuse, et si on l’endure elle disparaît, et cela profite à de tels estomacs, et ne peut leur nuire à ce moment-là.
    Aussi tard que l’on dîne, ne pas se coucher ensuite sans avoir laissé passer une heure, ni se déboutonner avant de se coucher, ce qui serait grave erreur.
    Bien veiller, si l’on a déjeuné abondamment, à dîner modérément, en espaçant les deux repas de VII ou VIII heures. Et si l’on dîne abondamment, que l’on soit encore plus strict sur le régime d’après dîner, et que le déjeuner du lendemain soit tempéré. Et que l’on se garde des grands jeûnes inhabituels, car la privation d’un jour veut se reporter au lendemain, et l’estomac, habitué quelques jours à manger peu, souffrira quand on changera son habitude. Se coucher le soir à une heure raisonnable, et se lever tôt, est fort bon. Et quand on se lève, s’habiller aussitôt.
    Pour dormir, ne pas trop se couvrir, car si l’on a trop chaud, on va se découvrir et changer de température, et il est très mauvais d’avoir froid.
    Si un déplacement ou quelque autre travail empêche de manger à l’heure, et que l’on ne puisse déjeuner qu’à une ou deux heures après midi, il faut manger modérément, le moins possible, et l’on se rattrapera au repas suivant. De même pour le dîner, car une des choses qui dérangent fort l’estomac et le reste du corps, c’est de manger beaucoup d’un coup, après un grand effort, quand l’heure du déjeuner ou du dîner est passée. Et s’il advient que l’on déjeune tard et abondamment, il faut ne pas dîner, ou aussi peu que possible.
    Si l’on se trouve mal, de manger quelque aliment, il ne faut pas en prendre, même si les autres n’en souffrent pas, car il est sûr que certains aliments, par quelque vertu spéciale, conviennent à certains hommes et nuisent à d’autres. Et si l’on croit ne pas souffrir d’un mauvais aliment, ou d’un mauvais régime, il faut pourtant s’en passer, car souvent l’habitude fait que l’on ne ressent pas sur le moment l’effet nuisible, mais que l’on ne s’en rend compte que trop tard.
    Et après un grand repas, il faut éviter de fournir aussitôt un grand effort, et ne vous habituez pas à vous mettre un emplâtre sur le ventre mais couvrez-vous comme font les autres.
    Si parfois vous avez mal, voyez le régime que vous avez suivi dernièrement, et si le mal vient du froid, il disparaîtra en quelques heures pour peu que l’on se réchauffe le ventre en mangeant chaud et en se couvrant.
    Si le mal vient d’un excès de table, il faut manger peu et tard, et de quelque aliment sec, comme du pain grillé, et boire peu, et du vin peu coupé, et l’on s’en trouvera bien. Et si l’on se sent alourdi par un excès d’aliment, il ne faut jamais prendre un autre aliment pour corriger cet effet, car en ce cas il n’y a pas meilleur remède que de supporter ce que l’on a mangé, qui s’écoulera tout seul, et de se couvrir et de se réchauffer raisonnablement, selon le temps. Et il faut habituer raisonnablement le corps au travail à pied, et à cheval. Lors d’un jeûne, il vaut mieux manger quelque peu.
    Tous les XV jours, ou chaque mois, il faut prendre des pilules communes, et si l’on souffre de quelque aigreur ou de quelque autre humeur excessive, chercher le meilleur remède pour l’évacuer, l’expulser ou la faire disparaître, par le bon travail et l’abstinence.
    Après un grand repas, si quelque effort fait que l’on s’échauffe ou que l’on transpire, il faut bien se garder du vent et de l’air, et ne pas se déboutonner dans une maison froide.
    Le soir, après un grand repas, boire beaucoup, ou de l’eau, est nocif, surtout si l’on a déjà bu et que l’on s’apprête à se coucher.
    Je pense qu’il est bon pour de tels estomacs de se faire vomir deux fois par an, une fois après Pâques, pour la continuation passée du péché, une autre en septembre, pour les fruits de l’été, si l’on continue d’en manger beaucoup.
    Si l’on compte veiller tard ou toute la nuit, il vaut mieux manger peu au dîner, ou pas du tout. Et si le manque de sommeil dérègle l’estomac, cela se soigne simplement en dormant, sans manger ni boire.
    Et chaque soir, avant de se coucher, même s’il semble que l’on n’en a pas envie, il faut se forcer à sortir un peu, et de même le matin.
    De même, un point de régime important pour la santé est d’observer une tempérance raisonnable dans les travaux du corps et de l’esprit, en tenant compte de l’âge, de la disposition et du moment. Et tout cela peut paraître difficile à observer, mais en réalité c’est facile, si l’on s’y habitue. Et je pense que celui qui se plie à une telle discipline s’en trouvera mieux, mais s’il préfère, qu’il aille donc demander l’avis d’un meilleur médecin.
    Bien que j’aie entrepris par jeu de raconter tout cela, je pense que l’on jugera que je dis vrai et que je suis de bon conseil.

(extrait de Leal conselheiro, traduit du portugais par Philippe Billé)

Posté par Ph B à 08:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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