Bon, ça y est, on se détend, j'ai des poules cool. Les premiers temps furent difficiles, pour elles surtout et pour moi avec. Je ne sais pas leur âge, elles m'ont l'air assez jeunes, mais elles ont dû souffrir de l'arrachement à leur milieu familier, d'éprouver en même temps la gêne inhabituelle du bout d'aile rogné, à quoi s'est ajoutée la canicule impitoyable qui nous a fait déguster plus de deux semaines d'abrutissement africain, ce qui n'était pas un cadeau. Aux soirs les plus chauds, je les voyais respirer le bec ouvert, les ailes un peu écartées pour se faire de l'air.
Elles ne sont pas mal installées. J'allais à tâtons dans cette expérience pour moi inédite, bien qu'ayant lu deux trois brochures et recueilli quelques conseils. J'ai consacré le bout de mon appentis à leur constituer un petit poulailler d'environ quatre mètres carrés, séparé du reste du bâtiment par une cloison de bric et de broc, doté d'une vieille échelle, d'un perchoir à 1 m 50 de haut, de nids d'herbe sèche placée dans des cartons au sol (des nids de bibliothécaire, dans des caisses d'Iberbook). Le poulailler s'ouvre à l'est par une porte donnant sur la partie de jardin que j'ai clôturée à leur intention, dans les 5 m sur 10, soit 50 mètres carrés. Dans l'idéal j'aimerais leur accorder tout le jardin du fond, si je parvenais à le clôturer correctement, cela triplerait leur surface de parcours.
En attendant elles ont peu à peu pris possession de leur petit territoire. Dans ce coin hélas peu ombreux du jardin, elles se sont d'abord intéressées au jeune bouquet de noisetiers, sous lequel elles s'installent volontiers. Puis elles ont pratiqué des nids, qui forment comme deux petits tunnels voisins, dans les hautes graminées situées juste derrière ces arbustes. Finalement je n'ai pas eu tort de demander à ma jardinière de laisser toute une zone d'herbes non coupées, où les volailles aiment se faufiler.
Au début elles pondaient peu. Elles ont mis chacune cinq jours entre leur premier et leur deuxième oeuf, quatre jours entre le deuxième et le troisième, six ou sept entre le troisième et le quatrième, mais depuis ce week-end elles donnent tous les jours ou presque, tantôt dans les nids du poulailler, tantôt dans ceux qu'elles ont façonnés parmi les herbes. Ca va donc mieux.
Et elles se méfient moins de moi. Elles ont fini par comprendre que quand je venais, ça n'était pas pour leur arracher la gueule mais pour leur donner à becter. Maintenant la grosse brune s'approche quand j'arrive, même si la petite noire est toujours plus distante. Disons que mon indice de popularité parmi les poules est passé de zéro à 50 %, ça n'est pas mal.