QUESTIONS A JACQUES D’ARRIBEHAUDE (3 : sur La grande vadrouille).
- Au sujet de La grande vadrouille, d'abord la même question: quelles années de votre vie sont narrées là? La fin des années 40, le début des années 50? Y a-t-il des épisodes fictifs dedans?
- La grande vadrouille. Puisé dans mon Journal de 50 à 54. Arrangé en roman mais avec moins de fiction que dans Semelles de Vent. Tout ce qui concerne mes relations avec "Sébastien" est pure réalité. En reprenant cela dans Cher Picaro, j'avais l'intention d'améliorer le personnage pour lequel on me reprochait d'avoir été trop dur. Je voulais ignorer ses mœurs particulières, qu'il prenait soin de me cacher, et n'ai pu me faire à la petite bande de pédés choisis par lui pour que je les dirige dans ses projets d'exploitation, derrière lesquels il dissimulait un très secret trafic d'opium avec les maîtres du Laos. J'aurais dû prévoir tout cela, qui fait ressortir l'étendue de ma connerie, mais je ne vois pas comment la figure du personnage (Préval dans Cher Picaro et non plus Sébastien) pouvait sortir améliorée d'un nouvel éclairage cinquante ans après.
- La grande vadrouille est le seul de vos livres à ne pas avoir été publié ou republié récemment. Cela vous est-il interdit depuis que le titre a été racheté pour le cinéma ou cela tient-il à d'autres raisons?
- Claude Guillebaud avait envisagé de rééditer La grande vadrouille chez Arlea, filiale du Seuil qu'il dirige, mais la confusion avec le film risquait de déplaire et nous avons préféré renoncer.
- Le maître à penser Snadjieff que vous nommez pages 137 et 141, c'est Gurdjieff? Vous avez l'air d'avoir de lui une piètre opinion.
- Snadjeff = Gurdjieff, bien sûr. Type d'un charisme incontestable, dont j'ai connu des disciples. Il a hâté la mort de Catherine Mansfield en prétendant la guérir. Un peu de charlatanisme et beaucoup de dégâts, que Pauwels était le premier à reconnaître en dépit de son admiration.
- Page 242 vous donnez entre guillemets une citation non signée dans laquelle on peut reconnaître une phrase de Rimbaud, dans Une saison en enfer : "Le meilleur, c'est un sommeil bien ivre sur la grève". Vous en omettez la syllabe "c'est". Est-ce pour le plaisir d'en faire un alexandrin?
- J'ai fait la citation sans vérifier dans Rimbaud tant elle me paraissait connue, et en supprimant le "c'est" parce que, isolée du contexte, la musique des mots sonnait mieux, me semblait-il, et sans penser, pour autant, à l'alexandrin.